« Sur le travail, remettons nous à l'ouvrage » :

Travail - capitalisme - politique et visée communiste, un chantier à reprendre

Contribution à la préparation du congrès extraordinaire du PCF de décembre 2007.


août 2007

Résumé de la contribution

Le constat

Le travail est quasiment absent des controverses politiques depuis maintenant plusieurs décennies. Le mouvement d’opposition au capital est essentiellement focalisé sur l’emploi, le contrat ou les conditions de travail, le salaire au détriment du contenu, c’est-à-dire du travail lui-même.

Les « dramatiques d’activité » ont été négligées, voire effacées avec ce que suppose pour l’action la mise à jour de ces dramatiques : aller auprès des travailleurs concrets, s’interroger sur ce qui se passe dans leurs têtes et leurs corps, sur les liens qu’ils tissent avec leurs camarades de travail dans des histoires toujours partiellement nouvelles qui les différencient les uns des autres. Il manque donc dans ce type de rapport, le lien à la personne, son écoute pour restituer au niveau de notre parti du sens commun capable de la mobiliser et de lui ouvrir des horizons.

Ce qui change dans le travail

Qu’est-ce qui change au tournant des années 70 qui autorise à parler de crise du travail ?

- La règle des trois unités, de temps de lieux et d’activité, qui caractérisait la grande industrie se délite de sorte que les collectifs de travail au mieux ont un caractère plus labile et instable (développement de la précarité du contrat de travail, des exigences croissantes de mobilité de la main d’œuvre…), au pire, deviennent ténus et complètements invisibles (par exemple dans le télétravail).

- La mise en Å“uvre des techniques (notamment l’informatique mais pas uniquement) accroît les dynamiques invisibles non repérables de ce qu’on appelle les exigences mentales (appel croissant aux fonctions intellectuelles) et cognitives (mobilisation croissante des savoirs requis) du travail. Le niveau d’exigences requises par le procès de travail s’élève continûment et tend à changer de nature.

- L’évolution vers la « société de service » où l’objet du travail n’est plus matériel et reproductible mais relatif à des personnes singulières, a des effets important sur le travail lui-même.

Ces évolutions rendent incontestablement le militantisme et l’action collective plus compliqués. Il devient difficile (et cela le sera de plus en plus) d’unifier au travers d’idées générales qui viennent d’en haut car, tant au niveau du contenu unificateur qu’au niveau de la transmission descendante, ces caractéristiques entrent en contradiction avec l’expérience concrète des travailleurs.

Le travail est invisible dans les luttes et les constructions sociales ou politiques

Il est somme toute assez logique que la droite ignore le travail, préoccupée qu’elle est par la rentabilité du capital. On comprend plus difficilement que la gauche, y compris le PCF, laisse en friche une question qui devrait être le centre de gravité de sa réflexion et de ses propositions politiques. Elle a laissé l’espace pour le représentant parmi les plus durs et les plus conséquents de la droite de se poser en défenseur de la « valeur travail ». C’est le monde à l’envers. Lorsqu’il parle travail, il faut comprendre performance ; lorsqu’il évoque sa valeur il faut entendre mérite. Il s’agit en fait de gérer le travail comme une ressource à exploiter, au même titre que le minerai, l’énergie ou l’information. Ce travail-là ne s’intéresse pas aux hommes. Derrière les mots, il est question d’aggravation de l’exploitation.

Des rapports de production aux rapports de consommation

Aujourd’hui le capitalisme avec sa contre-révolution a réussi le tour de force de fonder son fonctionnement idéologique sur des modes et rapports de consommation. Le capitalisme génère des consommateurs extravertis et a besoin de producteurs introvertis. La société, notamment à partir des années 60 et surtout depuis 1968 est devenue permissive pour le consommateur et répressive pour le producteur.

Cette mutation du capitalisme se traduit dans les pratiques individuelles et dans les modes de penser. Elle a été rendue possible par un immense mouvement de récupération des désirs humains. L’apprentissage de la vie n’est plus l’apprentissage d’un métier dévalorisé mais l’apprentissage au gaspillage sur le « marché du désir » où le désir devient envie, aussitôt suivi par la culpabilisation des « Ã©colos — décroissants ».

C’est ainsi que le capitalisme réifie les personnes, le travail, les travailleurs transformés en « choses » interchangeables et standardisées sur critères d’employabilité, de compétences, de gouvernance ou en sujets du marketing lorsqu’ils deviennent consommateurs, alors que très souvent on a l’impression que c’est le capital qui se trouve doté d’une âme !

Reconquérir l’homme producteur — créateur et changer de paradigme

L’homme producteur est évincé du débat politique, sa légitimité à intervenir sur la création des richesses, sur les décisions, sur toutes les sphères du pouvoir est marginalisée ou même réprimée au bénéfice d’un homme consommateur qui doit s’extravertir dans les folies de la mode, gaspiller dans la démode, pleurnicher et dépenser avec la nostalgie du temps passé mais en permanence doit zapper au gré de l’offre, des marchés et des faiseurs d’opinions ou d’envies. Quand l’homme producteur est évincé ou réprimé, c’est la conscience de classe, les conditions de son émergence, de ses expressions et des organisations qui les portent qui disparaissent.

Simultanément, l’action des communistes s’est située essentiellement sur le terrain de la répartition des richesses et donc sur le terrain du capital, en concurrence — opposition avec lui. A ce titre il a été battu à plate couture car il ne pouvait produire une nouvelle société (le socialisme) débouchant sur une nouvelle civilisation (le communisme).

Reconstruire un projet de société susceptible de mobiliser sur des perspectives d’avenir suppose probablement de changer de paradigme. C’est ce paradigme du partage qu’il convient de dépasser pour placer au cÅ“ur du processus de transformation l’homme producteur qui doit se réapproprier le pouvoir sur la création des richesses (valeurs), en choisir la nature et les modalités de production, leurs critères solidaires de répartition. Perspective communiste, autogestionnaire qui prend du sens.

Pour des propositions débattues et efficaces

Le but : faire surgir une nouvelle culture politique, du désir de politique et faire prendre conscience... que la conscience de classe existe !...

Pour participer à ce chantier
rendez vous à la Fête de l’Huma
stand de la ville de Gennevilliers
dimanche 16 septembre 2007 à 11h.